
Livre retraçant cartographiquement des événements perpétrés au Darfour entre début 2003 et fin 2005.
De pages en pages, le lecteur devient témoin de ces différents événements.
Des noms, des noms de villages, alignés bout à bout sur chaque double page.
Le livre se feuillette et, à mesure que les pages se tournent, les noms disparaissent, aléatoirement, créant des trous blancs dans les lignes noires : un rythme typo- graphique, binaire, en noir et blanc.
Ce rythme, c’est celui de l’effacement de la carte et du monde des 376 villages détruits au Darfour entre avril 2003 et décembre 2005. Seuls quelques noms noirs apparaissent encore dans les dernières pages ; le livre se termine sur une page, blanche –anéantissement.
Pas un mot, pas un commentaire : tout est dit, dans le silence de cette page blanche qui est la dénonciation de notre propre silence ...
Texte lu lors de la proclamation et de la remise des prix des Coups de cœur 2007
Caroline Mierop - directrice de La Cambre Arts Visuels
J’aime un libre bâti comme un moteur qui parle. J’aime un livre bâti comme des doigts durs sans repos. J’aime le livre objet de typos, autant peut-être plus que les mots qu’il encarte », écrivait le dramaturge français Audiberti. L’écrivain-architecte belge Henry van de Velde avouait plutôt un faible pour le livre qui partage les idées.
Fondateur de l’Ecole nationale supérieure des arts visuels de La Cambre et de son cours du livre, van de Velde est lui-même devenu une figure de l’écrit. Cinquante ans après sa mort, La Cambre rend hommage à sa passion plastique et symbolique pour le livre dans une exposition et un petit ouvrage carré tout en sobriété artistique. La volonté n’est pas d’épater par la qualité du papier, l’esbroufe de la reliure ni la pompe typographique. C’est l’objet de la pensée de van de Velde qui est mis en avant : le caractère fort, utile, expérimental du livre dans la société.
En marge des livres écrits, édités, enluminés par van de Velde, à l’image somptueuse du Zarathoustra de Nietzsche, l’exposition met en avant la recherche, les nouvelles manières de voir, de concevoir le livre. Un jeune émule de van de Velde, Nicolas Rome, a par exemple créé un livre coup de poing, noir de centaines de noms. Ils se raréfient progressivement jusqu’à s’évanouir dans une page blanche. Ce livre est un ouvrage de mémoire, où l’auteur a imprimé tous les villages du Darfour rayés de la carte du monde. En le refermant, on n’a plus de mots.
Daniel Couvreur - journaliste, Le Soir
© 2006 - Nicolas Rome - Site Nectilisé